Aujourd'hui, j'ai un énorme sourire digne du chat de Cheshire qui flottent dans mon crâne. Juste un sourire tout seul, qui tient là on ne sait pas trop comment et qu'on a peur de voir disparaître. Je ne sais pas si la journée a été ensoleillée, parce que je n'ai même pas écarté les stores pour avoir un semblant de contact à l'extérieur. La cuisine est la destination la plus éloignée où je me suis rendue, incroyablement motivée par la présence du pot de café instantané sur la table et de mes tasses oranges dans l'armoire. J'ai bu quelques gorgées de café, recroquevillée sur mon lit, j'ai laissé refroidir le reste, et j'ai écrit. Beaucoup. En ne prenant des pauses que pour me ressourcer dans un de mes dictionnaires, pour rendre visite à la salle de bain ou pour maintenir ma tasse dans l'illusion que je l'abandonnais pas.
Cette puissante inspiration m'a donné la bonne humeur qui me manquait. C'est tellement merveilleux que j'ai l'impression de ne pas être moi, d'être possédée par quelque chose d'extérieur. Je n'avais pas autant écrit depuis des années, et je ne me rappelle pas m'être jamais laissée aller autant dans la rédaction d'une histoire. Et pourtant, je me censure! Osti de censure. Des mots, des phrases, des images, des idées, que je garde dans ma tête en pensant à ma grand-mère qui va éventuellement lire mon manuscrit et que je veux ménager. Déjà que mon histoire risque de révolter mes parents et mon grand-père... Il ne faudrait pas que je me mette toute la famille à dos.
Mais ça, cette histoire de censure, ça ne change rien à mon bonheur. Rien.

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