samedi 31 octobre 2009

Mauvaise élève.

J'ai l'impression d'être en train de faire la plus grosse erreur de ma vie.

Je suis au Cégep depuis la session d'automne 2007. J'y traîne sans trop savoir ce que j'y fais, j'étudie quand ça me plaît (c'est à dire, peu souvent), je rends mes travaux par intermittence. Déjà, j'ai posé mes fesses dans les divers cours de trois programmes différents, parce que je me rendais compte en milieu d'année que je n'avais aucun intérêt pour les connaissances qu'on tentait de m'inculquer. Je suis certaine d'avoir enfin trouvé ce qui me convient, j'adore mes profs et la matière qu'ils présentent, mais voilà, j'ai derrière moi un passé de mauvaise élève qui me suit comme une odeur de merde et qui risque de rebuter les gens de l'université lorsque je vais m'y inscrire.

Pour ne rien améliorer, je vais échouer Théâtre. Je n'ai aucune chance de réussir, même si les miracles existaient. Je vais me retrouver avec une note bien en dessous de soixante, ce qui va m'obliger à user toute ma force de persuasion pour éviter d'être renvoyée.

Parce que, voyez-vous, j'ai signé une entente avec le Cégep. Je n'ai pas le droit de manquer de cours, ni d'en échouer.

Mais je continue quand même. Je m'endette et je m'essouffle à étudier, même si les jours de ma vie d'étudiante sont comptés. Je continue à prétendre que je rêve de devenir enseignante, pour les autres, pour me donner un peu d'énergie aussi. C'est la nuit que c'est le plus dur. Quand je suis toute seule dans le noir, et que mon mensonge surgit dans mon visage avec ses couleurs agressantes, ça devient difficile de l'ignorer. De continuer à m'estimer. De ne pas céder aux pensées noires. De ne pas me lever et de passer à l'acte, avant qu'on m'annonce officiellement que je n'ai plus d'avenir ou, du moins, plus l'avenir que je veux.

J'ai l'impression d'être en train de faire la plus grosse erreur de ma vie.
Et je ne sais même pas quelle est cette erreur, exactement.

jeudi 29 octobre 2009

Polaroid


Polaroid, c'est le surnom qui lui va le mieux.
Je ne m'attendais pas à ce qu'il vienne me parler. En s'assoyant à la table où je mangeais seule, en s'adressant à moi d'une voix enjouée, il m'avait éblouie, comme avec un flash trop lumineux.
«Salut! Je te connais pas, tu me connais pas, mais on mange seul et tu m'as l'air sympathique, alors on va faire connaissance, ça ne te dérange pas? Moi, c'est J.»

Je me suis retrouvée avec un nouvel ami avant même de comprendre ce qui venait de se produire.
On a parlé de nos études en Arts et Lettres, de notre but, l'enseignement, de nos rêves de voyages à l'étranger, de notre admiration pour la plume merveilleuse d'Eric-Emmanuel Schmitt, de tous ces points en commun que nous nous sommes découverts en moins de 10 minutes. On a critiqué le menu dégoûtant de la cafétéria, on a ri des regards suspicieux des deux gars attablés près de nous, on a parlé de judo parce que c'est une de ses passions.

Au final, j'ai passé deux heures avec Polaroid.
Nous sommes supposés se revoir lundi.
Pour une fois, j'ai hâte de retourner à l'école.
Parce que Polaroid, je crois qu'il me plaît bien.

mercredi 28 octobre 2009

Oh, you're so naive...

À ce moment-là, j'avais encore des espoirs.
J'espérais toujours qu'il aille mieux et que nous nous retrouvions, parce que c'était ce que sous-entendait la raison pour laquelle il me laissait.
Je me couchais chaque soir avec son visage tatoué à l'intérieur de mes paupières, avec sa voix emprisonnée dans mes oreilles, avec la chaleur de ses mains imprimée sur mon corps.
Je soufflais son nom, puis je m'endormais, un sourire innocent aux lèvres.

Il était tard, j'étais épuisée, je restais à l'ordinateur par habitude plus que par réel intérêt. Facebook était ouvert et, pour passer le temps, je suis allée visiter sa page.

Elle a le nom du renard dans un dessin animé que j'aimais quand j'étais petite, un creux qui ne finit jamais à la base de son cou, un sourire trop large, une dentition trop fournie, une face à bûcher dedans.
Le message qu'elle avait laissé sur le wall du Guitariste n'était qu'une suite illogique de lettres, suivies d'un coeur.
Il avait commenté le message. «Aww♥»
Quelque chose du genre.

Il fréquentait une autre fille, alors qu'il soutenait être trop déprimé pour s'investir dans une relation. Je pouvais fermer les yeux sur son alcoolisme et son usage de substances illicites, je pouvais accepter qu'il soit indécis face à son avenir, mais là, c'était trop.
Je ne lui ai pas demandé d'explications. Je m'accroche trop facilement, je suis très jalouse, mais je ne suis pas l'ex disjonctée qui ne prend pas qu'on puisse avec une vie sans elle.
Par contre, j'ai pleuré. Comme d'habitude.
J'ai douté de moi. Comme d'habitude.
Je n'en ai pas dormi pendant plusieurs jours. Comme d'habitude.

Puis Miss K, cette amie que tout le monde devrait avoir, m'a secouée.
«Oublie-le, merde! Il se saoule au billard et c'est son seul hobby à part la musique. Il n'a aucun but. C'est un loser sans avenir, et il ne mérite pas une Fantine, crois-moi.»
Ça a été difficile, mais j'ai fini par la croire.
Je me suis relevée, péniblement, mais je me suis relevée.
J'ai arrêté de pleuré.
J'ai arrêté de douter de moi.
J'ai mieux dormi.

Maintenant, je n'ai plus de sentiments pour lui.

Non, parce que ces sentiments, je les ai dirigés vers un autre.
Et j'ai terriblement peur que les mensonges recommencent.

Faim d'écrire.

Mon ventre grogne. Je l'ignore.
C'est la fin du mois et, étant une Super Étudiante, je me retrouve devant des armoires Super Vides. Dans mon porte-monnaie, il reste 20$. Dans mon compte de banque... j'aime mieux ne même pas y penser.

C'est en trouvant une conserve de thon que l'idée de partir un blog m'est venue.
Écrire pour oublier que j'ai faim, qu'il y a un vide.
Ou encore, écrire à propos de ce vide.
J'ai déjà eu un blog, mais mes amis et ma famille me lisaient, et ça m'imposait une censure abominable. J'écrivais dans le but de me libérer, et je me retrouvais à emprisonner mes pensées. Très, très sain.

Je m'appelle Fantine.
Peu devrait vous importer de savoir si c'est mon véritable prénom ou si c'est un pseudonyme.
J'ai dix-huit ans et alors que le temps me rapproche de mon prochain anniversaire, j'en suis encore à me demander ce que devenir adulte signifie réellement. Mis à part le droit de voter, d'acheter de l'alcool, d'aller en prison, qu'est-ce que ça change, dans le fond?
J'étudie en Arts et Lettres, je suis Québécoise et j'aimerais bien aller enseigner ma langue maternelle à des anglophones, un peu partout sur la planète, tout en travaillant sur mon projet d'écriture et sur celui, bien modeste, de changer le monde.

Arrêtons la présentation ici. Vous finirez bien par me connaître au fil des message!