J'ai l'impression d'être en train de faire la plus grosse erreur de ma vie.
Je suis au Cégep depuis la session d'automne 2007. J'y traîne sans trop savoir ce que j'y fais, j'étudie quand ça me plaît (c'est à dire, peu souvent), je rends mes travaux par intermittence. Déjà, j'ai posé mes fesses dans les divers cours de trois programmes différents, parce que je me rendais compte en milieu d'année que je n'avais aucun intérêt pour les connaissances qu'on tentait de m'inculquer. Je suis certaine d'avoir enfin trouvé ce qui me convient, j'adore mes profs et la matière qu'ils présentent, mais voilà, j'ai derrière moi un passé de mauvaise élève qui me suit comme une odeur de merde et qui risque de rebuter les gens de l'université lorsque je vais m'y inscrire.
Pour ne rien améliorer, je vais échouer Théâtre. Je n'ai aucune chance de réussir, même si les miracles existaient. Je vais me retrouver avec une note bien en dessous de soixante, ce qui va m'obliger à user toute ma force de persuasion pour éviter d'être renvoyée.
Parce que, voyez-vous, j'ai signé une entente avec le Cégep. Je n'ai pas le droit de manquer de cours, ni d'en échouer.
Mais je continue quand même. Je m'endette et je m'essouffle à étudier, même si les jours de ma vie d'étudiante sont comptés. Je continue à prétendre que je rêve de devenir enseignante, pour les autres, pour me donner un peu d'énergie aussi. C'est la nuit que c'est le plus dur. Quand je suis toute seule dans le noir, et que mon mensonge surgit dans mon visage avec ses couleurs agressantes, ça devient difficile de l'ignorer. De continuer à m'estimer. De ne pas céder aux pensées noires. De ne pas me lever et de passer à l'acte, avant qu'on m'annonce officiellement que je n'ai plus d'avenir ou, du moins, plus l'avenir que je veux.
J'ai l'impression d'être en train de faire la plus grosse erreur de ma vie.
Et je ne sais même pas quelle est cette erreur, exactement.
